samedi 10 avril 2010

CNES : GP - Changement de politique américaine, quels impacts pour l'Europe ?

Changement de cap pour la politique spatiale américaine : quels impacts pour l’Europe ?

12 février 2010

Nommé il y a 2 jours pour un 3ème mandat à la Présidence du CNES, Yannick d’Escatha répond aux questions sur les récentes décisions du Président américain Obama, qui vient de changer radicalement l’approche de l’aventure spatiale américaine.

Exploration : une vision à long terme


En annulant le programme Constellation, les Etats-Unis ont-ils renoncé à l’exploration habitée de la Lune puis de Mars ?
« Tout d’abord, M. Obama a renforcé la NASA, il a augmenté son budget annuel de plus d’1 milliard de dollars »
précise d’entrée le Président du CNES, auditionné à l’Assemblée Nationale le 9 février dernier.

« La commission Augustine a constaté que le programme Moon, Mars and Beyond n’était pas faisable dans les délais et le budget prévus ». Il aurait en effet fallu augmenter le budget annuel (10 milliards de dollars) de 3 milliards de dollars.

Pour autant, le président américain « n’a pas renoncé au vol habité ni à l’exploration ». Barack Obama prolonge en effet l’exploitation de la Station spatiale internationale au moins jusqu’en 2020 et privilégie dans un premier temps l’exploration robotique.

Il montre sa volonté de garder l'exploration et le vol habité au coeur de la stratégie américaine, en se recentrant sur l’innovation pour faire un saut technologique, assurant à l’homme sa capacité d’explorer l’univers de manière inédite.

« Le Président Obama a recentré la NASA comme agence d’innovation, je note que c’est précisément le positionnement stratégique du CNES. »



De nouvelles opportunités de coopération internationale


Autre point important : en augmentant le budget annuel de la NASA de plus d’un milliard de dollars, « il l’a rééquilibré au profit de l’observation de la Terre » qui devient une priorité clairement affichée. « Nous sommes heureux de cette orientation qui rejoint celle du CNES, dont la signature est depuis 2004 "De l’espace pour la Terre" », commente le Président d’Escatha lors de sa conférence de presse le 11 février.

Rover martien, composant le programme ESA-NASA Exomars, prévu en 2016 et 2018. Crédits : ESA

Rover martien, composant le programme ESA-NASA Exomars, prévu en 2016 et 2018. Crédits : ESA

« Une autre conclusion majeure de M. Obama consiste à ouvrir l’exploration à la coopération internationale », ajoute Yannick d’Escatha. La mission Exomars, qui explorera la planète rouge, désormais américano-européenne, en est une préfiguration.

« M. Obama commence par l'exploration robotique, sa priorité devient l'exploration de la Terre, il recentre la Nasa comme agence d'innovation, il développe un lanceur de nouvelle génération, et il ouvre l’exploration à la coopération internationale. Cela fait 5 points communs entre la politique spatiale américaine et celles de l’Europe et de la France » se félicite le Président du CNES.« Cela créera de nouvelles opportunités pour développer notre coopération »

Pour Yannick d'Escatha, l'exploration appelle « une gouvernance à haut niveau politique qui rapproche les nations, à la place d'une course à l'espace qui les divise ».



Sources :

AFP
Audition de Yannick d'Escatha à l'Assemblée Nationale
Conférence de presse annuelle de Yannick d'Escatha

CNES : GP - Une nouvelle découverte prometteuse pour CoRoT

Une nouvelle découverte prometteuse pour CoRoT


17 mars 2010

Le télescope spatial du CNES vient d’observer le transit d’une exoplanète de type Jupiter « tempéré » située à 1500 années-lumière de la Terre. L’occasion d’en connaître davantage sur ce type d’objet.

Une découverte originale


Une année dure 3 mois sur CoRoT-9b.

La géante gazeuse met 95 j terrestres pour faire le tour de son étoile.

Elle ressemble à Jupiter (1,05 fois sa masse*) mais se situe sur une orbite de type Mercure.

Elle est donc 10 fois plus éloignée de son étoile que les planètes de type Jupiter détectées par CoRoT à ce jour.

« Une fois de plus CoRoT fait une découverte originale et riche d’enseignement » souligne Olivier La Marle, responsable des programmes d’astrophysique au CNES.




En effet, pour la 1ere fois, il va être possible de sonder l’atmosphère d’une planète géante gazeuse tempérée.

« Grâce à ce transit observé pour la 1ere fois sur un Jupiter tempéré, les scientifiques vont pouvoir décrire avec précision la composition atmosphérique de ce type d’objet » explique Olivier La Marle.

Le transit représente la mini-éclipse qui se produit lorsqu’une exoplanète passe devant son étoile.

Par transparence, il est alors possible d’en analyser son atmosphère.

« CoRoT-9b est composée majoritairement d’hydrogène et d’hélium, précise Tristan Guillot, astrophysicien du Laboratoire Cassiopée. Mais elle peut contenir jusqu’à 20 masses terrestres d’autres éléments, dont de l’eau et des roches à haute pression et haute température. »



Prolongement de la mission CoRoT


Le télescope spatial du CNES signe là sa 8e découverte d’une exoplanète.

Elle est située à 1500 années-lumière de la Terre dans la constellation du Serpent et orbite autour d’une étoile de type Soleil.

Elle a été détectée au bout de 145 j d’observation durant l’été 2008.

« Cette découverte va permettre de mieux comprendre une famille d’exoplanètes qui semble apparemment très répandue dans l’Univers, explique Magali Deleuil, du laboratoire d’astrophysique de Marseille. Dans le même temps nous pensons obtenir quelques indices pour mieux connaître l’atmosphère des planètes géantes froides. »

L’équipe d’astronomes européens à l’origine de la découverte publie un article dans la revue hebdomadaire anglaiseNature du 18 mars 2010.



A ce jour, 430 exoplanètes ont été découvertes et seulement 70 ont pu être observées en transit devant leur étoile à la fois depuis l’espace et depuis le sol.

Le tableau de chasse de CoRoT, en orbite depuis 2006, devrait s'enrichir dans les années qui viennent.

Si bien que le CNES, en accord avec ses partenaires nationaux et internationaux a décidé en fin d’année dernière de prolonger la mission de CoRoT jusqu’au 31 mars 2013.

* La masse de CoRoT-9b a été déterminée depuis le sol grâce à l’instrument HARPS de l’Observatoire européen austral (ESO).



Interview audio

Un coup de fil à Olivier Lamarle, responsable des programmes d'astrophysique au CNES.

Ecouter l'interview :



CoRoT-9b - Fiche d'identité

Nom : CoRoT-9b
Etoile parente : CoRoT-9
Particularité : Jupiter « tempéré »
Localisation : constellation du Serpent à 1500 années-lumière de la Terre
Rayon : 1,05 fois celui de Jupiter
Masse : 0,84 fois celle de Jupiter
Période de rotation autour de l'étoile parente : 95 j
Température de surface : 100°C en moyenne

CNES : GP - Des images Planck de la Voie Lactée

Des images Planck de la Voie Lactée


18 mars 2010

Le télescope cosmologique européen qui achève son 1er relevé du ciel livre dans le même temps des images saisissantes de notre galaxie.

La formation des étoiles


Le télescope européen, lancé il y a presque un an, n’en finit pas de tenir ses promesses.

3 mois après sa mise en orbite, il fournissait déjà des images de l’Univers naissant : le fond diffus cosmologique, sa mission 1ere.

Cette fois-ci, il en a profité pour « photographier » la Voie Lactée et ses structures filamentaires si particulières.

Grâce à ses instruments ultra sensibles HFI* et LFI**, Planck est capable de détecter les particules de poussière les plus froides de l’Univers.




Objectifs de la mission Planck

En abservant très loin, le satellite de l'ESA observe la naissance de l'Univers peu après le Big Bang il y a 13,7 milliards d'années. Crédits : CNES (extrait du Journal de l'Espace, février 2009).

« Sur la 1ere image, obtenue grâce à l’instrument HFI de Planck, on voit nettement des zones rougeoyantes qui correspondent à des températures de l’ordre de 12°C au dessus du zéro absolu soit à peu près -260°C, explique François Bouchet, cosmologue à l’Institut d’astrophysique de Paris.

Les zones plus blanches correspondent, elles, à des endroits plus chauds où des étoiles massives sont en cours de formation. »

Ainsi, en combinant les données de Planck avec celles d’autres satellites, les astronomes vont pouvoir étudier de près la formation des étoiles de la Voie Lactée.

Ce sont autant d'indices sur les mécanismes de construction de l’Univers.



1er catalogue en janvier 2011


La 2e image correspond à la même région du ciel mais observée à une seule fréquence (857 GHz) toujours avec l’instrument HFI. « On y aperçoit les structures filamentaires de la Voie Lactée, décrit François Bouchet. La bande horizontale rouge profond au bas de l’image correspond au disque spiral de notre galaxie, vu de l’intérieur et par la tranche. »

En effet, l’espace entre les étoiles n’est pas vide. Il contient des nuages de poussière et de gaz intimement mêlés qui forment le « milieu interstellaire. »

La richesse des structures observées par Planck fournit des indices importants sur les mécanismes physiques à la base de la formation des étoiles et des galaxies.

Le satellite devrait terminer son 1er relevé du ciel fin mai 2010. Un 1er ensemble de données astronomiques, appelé « Catalogue initial de sources compactes » sera rendu public en janvier 2011.

Les principaux résultats cosmologiques demanderont, quant à eux, 2 années supplémentaires de traitement et d’analyse avant d’être livrés aux scientifiques.

* HFI : High Frequency Instrument (la participation française à la mission Planck).
** LFI : Low Frequency Instrument.

CNES : GP - Phobos-Grunt : direction Mars en 2011

CNES : GP - Phobos-Grunt : direction Mars en 2011

Phobos-Grunt : direction Mars en 2011


25 février 2010

La mission russe devait débuter son voyage vers Phobos, la plus grosse lune de Mars, en octobre 2009. Mais cet ambitieux programme de collecte d’échantillons, auquel le CNES et des équipes françaises participent, a été repoussé à 2011.

Une mission à risques


« Nos correspondants russes étaient un peu inquiets pour le planning donc nous ne sommes pas très surpris de ce report de lancement, réagit Alain Gaboriaud, chef de projet CNES de la contribution française à Phobos-Grunt.

Il faut dire que les défis technologiques de la mission Phobos-Grunt sont de tailles : aller se poser sur Phobos, petit satellite martien de moins de 30 km, prélever des échantillons de sol, les renvoyer sur Terre, traverser l’atmosphère à plus de 12 km/s...

« Si l’une de ces étapes critiques ne fonctionne pas, c’est toute la mission qui est perdue », souligne Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du système solaire au CNES.



Phobos-Grunt : une mission à risques

Au lendemain de l'annonce du report du lancement de Phobos-Grunt, Francis Rocard et Jean-Pierre Bibring nous livrent les secrets de la mission d'exploration du plus gros satellite de Mars. Crédits : CNES.


Mieux valait donc repousser le départ pour donner à Phobos-Grunt toutes les chances de réussir.

Car les scientifiques attendent beaucoup de cette collecte de roches ; ils espèrent grâce à elle découvrir l’origine de Phobos, savoir d’où vient cette lune, etmieux connaître l’environnement martien.

C’est après 11 mois de voyage que Phobos-Grunt rejoindra la planète rouge.

La sonde effectuera tout d’abord des mesures de la magnétosphère et de l’atmosphère martienne, et déposera son passager chinois Yinghuo-1 sur son orbite de travail autour de Mars.



200 g de roches en provenance de Mars


Le véhicule atterrira ensuite sur Phobos, petit corps rocheux dont la gravité est extrêmement faible(l’atterrisseur ne pèsera plus que 400 g une fois posé !). Et là, les expérimentations pourront commencer avec la participation de 3 instruments français*.

« Il y aura un microscope visible et infrarouge, issu de travaux ultérieurs sur Rosetta, qui sera utilisé pour repérer les zones à échantillonner, décrit Alain Gaboriaud.

Deux autres instruments, un chromatographe en phase gazeuse et un spectromètre laser, serviront à déterminer la composition moléculaire du sol. »



Parallèlement à ces analyses in situ, qui dureront 1 mois, un système de collecte similaire à celui utilisé par les missions soviétiques Luna 20 et 24 se déploiera. Il récoltera 200 g de roches et de poussière et les déposera dans une capsule prévue pour retourner sur Terre.

La précieuse récolte devrait ainsi rejoindre notre planète 3 ans après le début de la mission.

« Si jamais ça marche, ce seront les 1ers échantillons à revenir d’aussi loin, d’une lune de Mars. Et comme la France a signé un protocole avec les Russes, nous y aurons accès ! », s’enthousiasme d’avance Alain Gaboriaud.

A l’heure où la sonde européenne Mars Express profite du survol de Phobos pour en donner les meilleurs clichés jusqu'à fin mars, Phobos-Grunt se prépare à une mission historique.


* Equipes françaises ayant contribué aux instruments : le Groupe Spectrométrie Moléculaire et Atmosphérique (GMSA) de Reims, le Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales (LATMOS), et l’Institut d’Astrophysique Spatiale (IAS) d’Orsay.